Quel est le meilleur montage nymphe au fil ?
Quel est le meilleur montage pour la pêche en nymphe au fil ? Fil tendu ou fil plaqué ? Nymphe à la française ou à l’espagnole ? Avec du nylon ou avec une soie ? Les questions cruciales à se poser avant d’attaquer la pêche en nymphe au fil.
La nymphe au fil, à l’instar de la pêche au toc, est une technique qui vise à faire dériver son appât (ici une nymphe artificielle) au plus près du fond (ou a minima dans une couche d’eau choisie). L’action de pêche consiste donc à effectue un lancer vers l’amont ou trois quarts amont, suivi d’une dérive, durant laquelle s’effectuera la prise du poisson.
Techniques et montages pour la nymphe au fil
L’appellation nymphe au fil regroupe plusieurs techniques différentes, à la fois dans le choix du matériel (canne, montage…) que de l’action de pêche. Les montage nymphe au fil les plus courants sont détaillés dans des articles dédiés.

La nymphe au fil à l’espagnole
La nymphe à l’espagnole se pratique avec des cannes longues (10 ou 11 pieds), voire des cannes au toc. Le moulinet, doté d’une bobine large arbor (grand moyeu) est garni d’un simple nylon monofilament de 16 à 20/100e (classiquement 0,18 m) muni, à son extrémité, d’un indicateur nylon coloré. C’est une pêche au fil tendu, très efficace sur les petites et moyennes rivières à courant rapide, où la distance de lancer n’excède pas six à huit mètres.

La nymphe au grand fil
Développée par Stanislas Freyheit (nymphevolution.fr), la nymphe au grand fil est une version optimisée de la nymphe à l’espagnole, qui s’en distingue par son minimalisme. Elle utilise un simple long fil nylon bicolore de 0,18 mm qui remplit à la fois le rôle de fil et d’indicateur. Pratiquée avec une canne de 11 pieds, elle permet des dérives jusqu’à dix mètres, et sera donc adaptée aux petites et moyennes rivières.

La nymphe au fil à la française
Dérivée de la compétition, la nymphe au fil « à la française » utilise des cannes de 10 à 11 pieds, et une soie légère adaptée à la puissance de la canne (#2-3). Sans atteindre la précision des dérives nylon, elle permet de pêcher efficacement à courte distance, mais sera également capable de propulser des nymphes légères à des distances plus importantes. Elle exprimera tout son intérêt sur les rivières moyennes à grandes, avec des courants plus lents.

La nymphe au fil avec soie 0,55
Admise en compétition internationale, contrairement à la nymphe espagnole ou au grand fil, la pêche en nymphe au fil à l’aide d’une soie 0,55 se situe à mi-chemin entre les pêches au fil et les pêches avec soie. Elle offre l’avantage d’un impact minimal de la soie sur la dérive, et d’un toucher plus agréable dans la gestion de la main qui assure la tension lors de la dérive.

La nymphe au fil à la tchèque
C’est aux pays de l’Est (Pologne, République Tchèque…) que l’on doit le développement de la nymphe au fil. La nymphe tchèque se pratique principalement avec des cannes à mouche standard (9 pieds soie #4-5), associées à des bas de ligne courts (3/4 de longueur de canne) en nylon 0,12 à 0,16 mm. Elle excelle sur les petites rivières, à courte distance, et sera considérée comme une « pêche sous la canne ».

La nymphe au fil méthode Roncari
Pratiquée sur les rivières larges aux courants frisés (Doubs, Dordogne) et aux profondeurs parfois importantes, la « pêche à la Roncari », du nom de son inventeur Marcel Roncari, requiert une canne mouche classique (9 pieds #4-5 par exemple) mais l’associe à un bas de ligne linéaire très long et très fin (5,50 m en 0,12 mm). Elle requiert une très bonne maîtrise du lancer (surtout avec un tel bas de ligne) et permet de réaliser de longues dérives, à grande distance, avec l’indicateur à plat (dite méthode au fil posé, plaqué ou graissé).
Voir aussi
La nymphe à vue
« Inventée» par Franck Sawyer, la nymphe à vue est une technique très différente des techniques de nymphes au fil évoquées précédemment. Elle utilise la dynamique de lancer du lancer mouche classique, et cible des poissons repérés au préalable. Elle nécessite donc des rivières très claires aux eaux lentes, typiques des grandes rivières de France-Comté.
La nymphe au toc / le toc à la nymphe
La pêche en nymphe, c’est aussi le toc ! N’en déplaise aux moucheurs, la dérive permise par une canne anglaise de 3,90 m (soit 12,8 pieds) est redoutable d’efficacité en nymphe. Même si la pêche au toc n’est plus (du tout) de la pêche à la mouche. Qu’on la nomme nymphe au toc, ou toc à la nymphe, la pêche en nymphe avec une canne au toc est une pratique de pêche à part entière, avec ses particularités et ses subtilités. Autant de raisons qui nous incitent à la « sortir » de ce dossier principalement consacré à la pratique avec une canne à mouche. Et en attendant de lui consacrer un article dédié, de vous orienter vers l’un de ses principaux promoteurs : Laurent Jauffret.
Quels critères pour choisir votre montage nymphe au fil
La profondeur et le courant de la rivière
La pêche en nymphe au fil est une pêche qui consiste à faire dériver un appât au gré du courant. Elle se destine donc en premier lieu aux rivières avec des courants moyens à rapides. La profondeur varie de quelques centimètres, sur les radiers et sorties de courant, à plus d’un mètre dans les grandes rivières au courant plus lent. Dans la majorité des cas, il s’agit d’une pêche adaptée aux rivières peu profondes aux courants marqués. Malgré tout, pour les rivières plus larges ou caractérisées par des courants plus lents, la pêche en nymphe demeure possible, à condition d’adopter un montage nymphe au fil spécifique (Roncari, nymphe à la française…).
En effet, la profondeur et le courant peuvent limiter la possibilité de pêcher dans l’eau. Avec une profondeur moyenne et un courant peu puissant, il est parfois possible d’avancer sur toute la largeur du cours d’eau, et donc de pêcher tous les postes, y compris avec les méthodes à fil tendu (nymphe à l’espagnole, au grand fil ou tchèque). Mais lorsque la profondeur et le courant rendent l’accès à la rivière compliqué ou impossible, les possibilités des méthodes à fil tendus demeurent limitées et on adoptera alors les montages avec une soie (Roncari, française…) .
La largeur de la rivière et la distance de pêche
Le second point-clé à prendre en considération en nymphe au fil est la largeur de la rivière. Ou, pour être plus précis, la distance à laquelle vous allez pêcher.
Mais pour bien comprendre cette notion de distance de pêche, il est important de bien appréhender la dérive, qui suit immédiatement l’action de lancer. À l’origine, et dans la grande majorité des cas, cette dérive s’effectue fil tendu (nous verrons plus loin que certaines techniques permettent d’opérer différemment, en grande rivière, notamment). Cette dérive fil tendu est réalisée avec un angle de 75 degrés vers l’aval, soutenant les nymphes pendant leur évolution.

L’autre point important à retenir durant la dérive est l’angle entre la canne et le fil. Cet angle formé entre la canne et le fil durant la dérive aura une importance cruciale sur votre action —et votre distance— de pêche. On estime l’angle idéal à 90 degrés. Au-delà, avec un angle obtus, type 120°, votre conduite de dérive va progressivement être réduite, entrainant un risque de dragage, et une perte de contrôle de la profondeur de pêche. En-deçà, avec un angle aigu (inférieur à 90°), c’est votre distance de pêche qui va être impactée, avec un risque de « pêcher dans vos bottes », et un manque de réactivité à la touche liée à une amplitude insuffisante de votre canne.

L’angle de votre dérive sera déterminant sur votre distance de pêche. Prenons le cas d’un angle de dérive idéal de 90 degrés, sur une canne typée nymphe au fil de 10 pieds, soit environ 3 mètres de long. En considérant que le pêcheur pêche dans l’eau, on estimera l’allonge globale de 4 mètres au dessus de la surface de l’eau. L’angle formé par la canne étant un angle droit, une simple application du théorème de Pythagore nous permettra de calculer la distance (x) de pêche idéale : x² = a² + b². Ce qui nous donne, pour notre exemple x² = 4² + 4² = 32. Et par conséquent une distance de pêche de √32 = 5,65 m. La distance idéale de la dérive à fil tendu, avec une canne de 10 pieds, tourne donc entre 5 et 6 mètres. D’une manière générale, la pêche en nymphe au fil est une pêche à courte distance, inférieure à dix mètres.

La largeur de la rivière, mais aussi —et surtout— votre capacité d’atteindre les différents postes à prospecter, vont donc orienter votre choix vers telle ou telle technique. Les choix seront en effet très différents dans le cas d’une grande rivière profonde aux courants soutenus (difficile de pêcher dans l’eau) et dans le cas d’un petit torrent de montagne où chaque poste peut se pêcher sous la canne.
Comment choisir le bon montage nymphe au fil ?
Le profil de votre rivière, autrement dit sa largeur, sa profondeur et le courant qui l’impacte, est déterminant dans le choix de votre matériel et de votre montage pour la nymphe au fil.
Montage 100% nylon ou montage avec soie ?
100% nylon
Les particularités exposées plus haut établissent les conditions types de la pêche en nymphe : des rivières petites à moyennes, peu profondes, aux courants marqués, que l’on pêchera à une distance de 6 mètres environ en réalisant des dérives fil tendu. Dans ces conditions, le montage idéal est un bas de ligne linéaire nylon, permettant de contrôler au mieux la dérive fil tendu. C’est le cas typique de la nymphe à l’espagnole (pesca al hilo), technique très efficace née d’une réglementation espagnole assez permissive en termes de compétition. Une autre technique, promue par Nymphevolution et appelée la nymphe au grand fil, fait également usage du nylon, pour un montage nymphe au fil permettant une dérive optimisée à fil tendu.

Soie 0,55
Fin de partie ? Soucieuse d’harmoniser la disparité des règlements nationaux et d’établir un cadre permettant de demeurer dans la catégorie « pêche à la mouche », la Fédération internationale de pêche sportive (FIPS) a édicté certains prérequis pour participer aux compétitions : une soie d’un diamètre minimum de 0,55 mm (ce qui exclut donc les montages nylons) et un bas de ligne long de deux longueurs de cannes maximum. En conséquence, la compétition a donc vu naître une nouvelle manière de pêcher en nymphe au fil : une soie linéaire de 0,55 mm associée à un bas de ligne nylonlong d’environ six mètres. Sans atteindre les performances du nylon, les soies 0,55 conservent un poids léger permettant d’assurer des dérives avec des sensations proches du nylon. Elles assurent également un « toucher » plus agréable au niveau de la gestion du fil avec la main libre.

Soie #2-3
Enfin, une dernière catégorie de pêcheurs a opté pour une troisième solution ; une soie adaptée à la puissance de la canne (pour l’essentiel des soies DT2 ou 3) associée à un bas de ligne adapté (à nœuds ou queue de rat). Si, en termes de dérive fil tendu, ce montage nymphe au fil n’est probablement par le plus convaincant, il offre –et c’est tout son intérêt– la possibilité de « basculer » en sèche à tout moment, simplement en modifiant le bas de ligne. Il permettra en outre de pêcher plein amont ou à plus grande distance avec des nymphes (très) légères, une configuration peu adaptée pour les lignes nylon.

Nymphe au fil tendu vs nymphe au fil posé
À courte distance
Pour ceux qui auront opté pour le nylon, la dérive s’effectuera quasi systématiquement à fil tendu. La pêche en nymphe au fil avec une soie relève, elle, d’une stratégie sensiblement différente de celle exercée avec un fil nylon. À courte distance, la soie demeurera dans le moulinet et/ou les anneaux, et la dérive s’effectuera fil tendu. La dérive fil tendu avec un bas de ligne dégressif sera moins précise qu’avec du nylon seul, le poids du bas de ligne influant davantage sur la dérive, mais elle demeure malgré tout possible.


À distance moyenne
À distance moyenne, en technique espagnole, la dérive à fil tendu se complique car elle nécessite, pour accompagner les nymphes à une hauteur d’eau constante, de baisser la canne avec un angle canne-bannière qui devient supérieur à 90°. Cet angle élargit nous fait progressivement sortir du domaine de la « pêche sous la canne » qui caractérise cette technique espagnole. Cela réduit d’autant la capacité de la pointe à « porter les nymphes » et rend la dérive plus compliquée, avec un risque de dragage qui s’accroît au fur et à mesure sur suivi de la dérive.
En nymphe à la française, à distance moyenne, la soie dépasse légèrement des anneaux ; la conduite de la dérive demeure possible, mais réaliser une dérive fil tendu en restant dans la veine d’eau devient plus compliqué. Le poids (même léger) de la soie dans les anneaux a tendance à créer un « ventre » entre le moulinet et le premier anneau, contrariant la tension de la ligne. Voire un glissement dans les anneaux pour les soies trop « lourdes ». Sans oublier que la pression –même faible– des quelques centimètres de soie dépassant du scion tend à décaler la dérive en la rapprochant du pêcheur. L’indicateur présent sur le bas de ligne est donc souvent, dans cette configuration, posé à plat sur l’eau. C’est le cas, notamment, lors des lancers amont caractéristiques de la « nymphe à la française », durant les premières secondes de dérive, avant que l’on puisse éventuellement retrouver un contact effectif avec la ligne.


Lorsque l’indicateur n’est plus à la verticale, mais à l’horizontale, on parle alors de technique au « fil posé », au « fil plaqué » ou au « fil graissé ». Cette technique sera adaptée aux rivières les plus larges et les plus lentes, pour les pêcheurs ayant opté pour une soie. À grande distance, cette soie pourra même être posée sur l’eau, comme pour la pêche en sèche. L’indicateur posé sur l’eau joue pleinement son rôle et avertit, au moindre déplacement, le pêcheur de la touche. C’est à l’indicateur que revient —en partie au moins— la tâche de soutenir la (les) nymphe(s) durant leur dérive. Le cas typique de cette pêche en nymphe au fil posé à grande distance est illustré par la « méthode Marcel Roncari », du nom de son inventeur. Cette technique consiste, avec des cannes assez puissantes, à propulser un bas de ligne linéaire très long sur des rivières large et puissantes, comme le Doubs.
La technique de pêche en nymphe avec une soie offre malgré tout plusieurs avantages : en premier lieu, celui d’atteindre de longues distances, et de lancer loin en amont du poste, laissant le temps aux nymphes d’atteindre la profondeur de pêche. Sur les coups courts, l’utilisation du bas de ligne seul permettra de propulser tous types de nymphes (légères ou lourdes). Et à plus grande distance, on pourra lancer des nymphes légères, qui auront ainsi largement le temps de rejoindre la profondeur souhaitée.
La soie : l’atout de la polyvalence
L’autre intérêt de pêcher avec une soie est de pouvoir basculer en pêche à la mouche sèche dès lors que l’occasion se présente, par simple modification du bas de ligne. Le choix nylon ou soie appartient donc à chaque pêcheur, en fonction des rivières pratiquées, de ses besoins de polyvalence et de ses affinités.
Pour l’anecdote, la dérive de la pêche au toc obéit aux mêmes contraintes. Les techniques de pêche en dérive naturelle peinent à dépasser des distances de pêche de six à dix mètres (maîtriser ses dérives est quasi impossible à cette distance). Dès lors, la méthode développée par Laurent Jauffret, avec un bouchon une « bouboule » de grande taille, permet de prospecter les grandes rivières au toc à la nymphe. À chaque rivière la technique qui lui convient…
Les 3 questions à se poser pour débuter la pêche en nymphe au fil
Si vous débutez la pêche en nymphe au fil, ou si vous êtes déjà pratiquant et désireux d’optimiser votre pêche, voici quelques éléments qui pourront guider vos choix futurs en termes de matériel, de montage ou de technique.
1. Pour quel type de rivière ?
Les rivières que vous pratiquez régulièrement pourront orienter votre choix vers une pratique précise. En torrent et en petite rivière, les techniques à fil tendu sont reines, et votre choix se portera en priorité sur les montages nylon (nymphe à l’espagnole, nymphe au grand fil…). Si en revanche pour pratiquez principalement en moyenne et grande rivière, les techniques au fil posé (nymphe à la française, méthode Roncari…) seront à prioriser.

2. Quelle polyvalence sèche / nymphe ?
Vous souhaitez, avec le même équipement, pêcher alternativement en sèche et en nymphe ? Ou a minima être en mesure de débuter en nymphe et basculer en sèche à l’occasion des premiers gobages ? Retenez que passer d’une méthode à l’autre nécessite deux ensembles canne / moulinet ; ou à minima deux moulinets / bobines. À moins d’opter pour certaines méthodes qui sont adaptées à la polyvalence (pêche avec une soie légère, bas de ligne polyvalent ou ajout d’un long nylon « à l’espagnole » sur un bas de ligne « sèche »…). En revanche, certaines techniques sont exclusivement adaptées à la pêche en nymphe (nymphe à l’espagnole, nymphe au grand fil…) et ne permettront pas de lancer une sèche de manière efficace.
3. Investir ou conserver votre équipement actuel ?
Acheter un ensemble canne + moulinet spécialement dédié à la pêche en nymphe n’est pas à la portée de tout le monde. Dans l’idéal, une 10 pieds soie #2-3 sera adaptée pour la nymphe au fil, à la française ou à l’espagnole. Mais certaines techniques sont compatibles avec des cannes plus courtes et plus puissantes, à l’image des cannes 9 pieds soie #4-5 pour la nymphe tchèque en petite rivière et la méthode Roncari en grande rivière.

Une fois passés en revue l’équipement déjà à votre disposition, le type de rivière que vous souhaitez pratiquer et la possibilité de basculer en sèche (ou non), sans doute aurez-vous déjà une idée un peu plus précise du type de pêche en nymphe que vous souhaitez pratiquer. Reste à acquérir ou préparer votre matériel, votre ligne, vos nymphes, et passer à la pratique, sur le terrain.

