La pêche en nymphe au fil à l’espagnole

La technique de pêche en nymphe au fil à l’espagnole se distingue par l’emploi d’un montage 100% nylon. Contrairement aux méthodes de pêche en nymphe utilisant une soie, le poids négligeable du nylon dans les anneaux et sous le scion vous assurera les meilleures conduites de dérive et les sensations les plus fines. De quoi réaliser des dérives parfaites à fil tendu jusqu’à des distances de l’ordre de six à huit mètres.

La question du montage idéal pour la nymphe au fil a fait couler beaucoup d‘encre depuis des années, dans la presse halieutique tout d’abord, et sur la Toile, désormais. En premier lieu, sachez qu’il n’y a pas de bonne ou de mauvaise méthode. Tout n’est qu’une question de goût et de pratique. L’essentiel est que vous trouviez votre bonheur dans votre choix. Les éléments listés dans les articles précédents, sur la présentation des techniques de nymphe au fil et sur le choix de son ensemble canne-moulinet vous permettront déjà de définir une première orientation de vos choix. Selon le type de rivière pratiquée, selon votre souhait d’un équipement dédié à 100% à la nymphe au fil ou, au contraire, d’une canne polyvalente sèche-nymphe, sans doute aurez-vous déjà de nombreux éléments en faveur d’une ligne « soie » ou « nylon », incarnées respectivement par la pêche en nymphe à la française et la pêche à l’espagnole.

Dans quelles conditions pêcher en nymphe au fil à l’espagnole

La nymphe au fil à l’espagnole est la technique reine de la pêche en nymphe à fil tendu. Autrement dit, sur tous les postes accessibles à une distance autour de six mètres. Les conditions de prédilection de la nymphe à l’espagnole couvrent donc les petites rivières, et les rivières moyennes ou grandes dont la profondeur et le courant permettent une prospection dans l’eau sur toute leur largeur. En termes de lancer pur, la nymphe au fil à l’espagnole est à l’aise pour propulser des nymphes lourdes, ou des montages à deux nymphes de poids moyen. Mais elle aura davantage de difficultés à lancer des nymphes légères. Ces paramètres se traduisent, en termes de courant et de profondeur, par une parfaite adéquation sur les rivières rapides et/ou de profondeur moyenne à grande, avec des nymphes lourdes. En revanche, sur les rivières nécessitant des nymphes légères et/ou une prospection à distance, la nymphe à l’espagnole n’est pas la technique idéale.

Pêche en nymphe au fil à l'espagnole en petite rivière

En petite rivière

La nymphe à l’espagnole est très adaptée aux petites rivières et torrents, car il est possible de pêcher l’intégralité du cours d’eau à la nymphe au fil tendu. Avec des courants rapides, on utilisera des nymphes assez lourdes, telles que les perdigones ou les nymphes céramiques, faciles à lancer, et capables d’atteindre des profondeurs importantes si nécessaire. Malgré tout, lorsque le courant ralentit, les nymphes lourdes sont moins adaptées, et il conviendra de choisir des nymphes plus légères. Se pose alors, sur les nymphes les plus légères, un problème en termes de lancer, notamment sur les courants lents où la profondeur reste faible, nécessitant l’emploi de nymphes ultra légères.

Pêche en nymphe au fil à l'espagnole en petite rivière

En moyenne rivière

Les conditions sont identiques à celles rencontrées en petite rivière, si ce n’est que la largeur du cours d’eau, en fonction des conditions, rend parfois inaccessibles certains postes. Lorsque le fond est important et le courant élevé, par exemple, il devient impossible de pêcher dans l’eau, et il est donc plus compliqué de pêcher tous les postes de la rive opposée.

Pêche en nymphe au fil à l'espagnole en moyenne rivière

En grande rivière

Si la pêche d’une grande rivière à l’espagnole est très efficace dans son périmètre s’évolution (jusqu’à 6 mètres environ), deux problèmes peuvent se poser au pêcheur. Le premier est la possibilité, ou non, de pêcher dans l’eau. Lorsque le courant et la profondeur augmentent, cela limite forcément la zone d’évolution du pêcheur, et par conséquent la zone de prospection. L’autre problématique est liée à la difficulté de lancer des nymphes ultra légères (comme les chironomes), capables d’évoluer dans la couche d’eau sans accrocher le fond. Sur les rivières très lentes, garder la capacité de lancer ce type de nymphe demeure un atout, et la technique espagnole n’est pas la plus indiquée pour ces conditions.

Pêche en nymphe au fil à l'espagnole en grande rivière

Possibilités d’adaptabilité de la nymphe au fil à l’espagnole

Lorsque le courant ralentit, et que le lancer des nymphes trop légères devient compliqué, il est possible de pêcher à deux nymphes : une moyennement lourde et une plus légère. Le poids de l’ensemble rendra le lancer plus facile, et les deux nymphes pêcheront différentes couches d’eau. La nymphe la plus lourde planera au-dessus du fond (idéalement une imitation de trichoptère), et la plus légère, en sauteuse, évoluera plus librement dans la couche supérieure sans risque d’accroche.
L’utilisation d’un tandem sèche-nymphe est également une possibilité pour prospecter les zones profondes aux courants lents (fosses, replats…), ou pour profiter d’une émergence inattendue. La difficulté de lancer pourra être compensée par la possibilité de pêcher assez loin vers l’aval.
Sur les zones de faible profondeur, pour compenser la difficulté de lancer des nymphes très légères, il est possible de graisser son nylon et d’utiliser des nymphes un peu plus lourdes, pour une pêche qui s’apparentera alors davantage à de la nymphe au fil plaqué.

Comment s’adapter à la profondeur ?

Choix de la nymphe : les nymphes plus lourdes et plus lisses (type perdigone) ont la faculté de descendre plus rapidement en profondeur. A contrario, les nymphes légères et « hirsutes » resteront plus longtemps dans les couches supérieures. Si vous utilisez plusieurs nymphes en potence, des nymphes rapprochées pénètrent mieux la couche d’eau que deux nymphes éloignées.
Choix de la pointe : une pointe longue aura plus de facilité à descendre en profondeur, et encore davantage si elle est en fluorocarbone, moins souple et plus dense que le nylon.
Lancer : un lancer direct, avec des nymphes qui « percutent » l’eau, leur permettront de sonder plus rapidement et profondément qu’un lancer peu appuyé.
Conduite de dérive : garder sa ligne tendue lors de la dérive, avec un angle bannière surface de 45-60°, aura tendance à empêcher vos nymphes d’atteindre une plus grande profondeur. A contrario, leur donner de la liberté, tout en rapprochant au maximum la pointe de votre scion de la verticale de vos nymphes les fera plonger davantage.

Le montage pour la nymphe au fil à l’espagnole

La règlementation souple en termes de compétition de l’autre côté des Pyrénées a vu les pêcheurs optimiser leurs pratiques, pour aboutir à des techniques qui ont complètement supprimé l’usage des soies. Ce montage, dès lors baptisé « nymphe à l’espagnole », s’illustre par un bas de ligne 100% nylon, capable d’assurer les meilleures conduites de dérive et les sensations les plus fines.

Pourquoi remplacer la soie par du nylon ?

L’usage d’une soie, même très fine, induit plusieurs conséquences dommageables à la pêche en nymphe. En action de pêche, la soie, sous son propre poids, a tendance à « descendre dans les anneaux » vers le moulinet. S’il est notable avec les soies ultra légère, type 0,55, le phénomène devient sensible avec les soies légères (#2-3), et même rédhibitoire sur les soies plus lourdes (#4-5 et plus). En conséquence, la dérive sera impactée puisque la soie va « tirer » sur le bas de ligne, jusqu’à le faire quitter la veine de courant pêchée. Pour limiter cet impact, on aura donc tendance à garder la soie au maximum dans les anneaux, ce qui contraint d’autant la distance de pêche. Par ailleurs, lorsque la soie dépasse du scion, même sur une longueur courte d’un mètre, son poids rend plus délicates les dérives à fil tendu, et génère des dérives moins précises.

Autant de phénomènes qui ont amené les pêcheurs à opter pour une stratégie différente : remplacer la soie par un monofilament nylon. Le nylon possède une épaisseur nettement plus fine, et un poids quasi négligeable. Durant la dérive, la ligne nylon n’aura donc quasiment pas d’impact sur la dérive des nymphes, d’autant que le nylon « coupera » l’eau d’une manière bien plus efficace qu’un ensemble soie + bas de ligne soumis au dragage des courants. La sensibilité, également, est excellente, et avec une canne de qualité et un fil parfaitement tendu, la résonance permettra de sentir le moindre à-coup, de la touche du poisson jusqu’à la sensation des nymphes qui « rebondissent » sur le fond.

Le montage à l’espagnole

Le montage nymphe au fil à l'espagnole

Pour la pêche en nymphe au fil nylon, on distingue deux grandes techniques, assez proches : la nymphe au fil à l’espagnole et la nymphe au grand fil (promue par Stanislas Freyheit, fondateur de Nymphevolution). Le principe est identique : le moulinet est garni intégralement de nylon, de 16 à 20/100 de millimètre (le diamètre 0,18 est un bon compromis), éventuellement un diamètre inférieur pour les périodes d’étiage et sur les poissons éduqués pour davantage de discrétion. En fonction de la bobine, il est possible de monter ce nylon sur un backing (ou un nylon de récupération) car seuls les dix derniers mètres seront effectivement pêchants. Ce nylon pourra être de couleur intégralement fluo (ce qui ne nécessite pas d’indicateur) ou de couleur neutre (ce qui suppose un indicateur avant la pointe). Dans le cas de la nymphe au grand fil, un long fil bicolore est utilisé.

Nylon sans mémoire utilisé pour la pêche en nymphe au fil à l'espagnole

L’intérêt de ce montage réside dans sa simplicité. Pour un pêcheur en sèche, on peut ainsi placer une dizaine de mètres de nylon à l’extrémité de son bas de ligne sèche et basculer en nymphe à l’espagnole à tout moment. Pour revenir en sèche, il suffit de défaire ce bas de ligne (attache boucle dans boucle ou nœud de cuillère sur micro-boucle), et de le ranger sur un plioir. En deux minutes, on passe ainsi de sèche en nymphe, et inversement.

Aucun autre bas de ligne n’est nécessaire pour pêcher en nymphe au fil à l’espagnole, puisque l’intégralité de la ligne est constituée de ce nylon 0,18 mm. Il suffit, à l’extrémité de ce nylon, d’installer un indicateur terminant par une micro-boucle pour venir y placer sa pointe, en 0,14 mm par exemple, avec un nœud de cuillère. Le cas échéant, pour pêcher avec des pointes fines (0,12, 0,10…), une section intermédiaire peut être envisagée. Cette pointe sera réalisée, au choix, en nylon (plus d’élasticité et de souplesse) ou en fluorocarbone (plus rigide et directif pour la coulée, meilleure réfraction, meilleure résistance à l’abrasion, mais plus cassant à la touche puissante).

Graisses colorées et peinture à bouchon utilisées pour les indicateurs en nymphe au fil à l'espagnole

En règle générale, un indicateur est placé à l’extrémité du bas de ligne 0,18 mm (nylon fluo rouge / jaune de 30 cm par exemple, noué au bas de ligne avec un nœud de chirurgien), mais l’usage des graisses colorées (Devaux Top’Viz, JMC graisse bas de ligne compétition…), ou des peintures à bouchon (type Antenne Color) le rendent aujourd’hui non obligatoire. Le nylon bicolore sur les huit derniers mètres, comme dans le cas de la nymphe au grand fil, suffit parfaitement à la détection des touches (sauf forts contrastes). Une option intéressante consiste à disposer de deux indicateurs. Celui du bas sera placé juste au-dessus de la pointe, laquelle sera à adapter à la profondeur (de une à une fois et demie la profondeur moyenne de la rivière). Et un second indicateur, cinquante centimètre plus haut, sera utilisé pour sonder les fosses plus profondes.

La technique de pêche en nymphe au fil à l’espagnole

La pêche en nymphe à l’espagnole, à l’image de la plupart des techniques de pêche en nymphe au fil, est une pêche à courte distance. Les lancers sont réalisés à une dizaine de mètres maximum (éventuellement davantage pour les bons lanceurs et/ou pour les nymphes très lestées mais avec une conduite de dérive moins efficace). La prospection s’effectue en avançant progressivement dans le lit de la rivière, et en opérant des lancers successifs, pour peigner les différentes veines d’eau.

Le lancer s’effectue aux 3/4 amont. Immédiatement après l’action de lancer, on accompagne la nymphe le temps de sa coulée et on reprend progressivement de la tension dans le fil en relevant la canne autour de 45° à mesure que la nymphe atteint sa profondeur de pêche. Le courant entraine les nymphes vers l’aval, ne laissant apparaître en surface que le fil tendu, qui dérive dans la veine d’eau choisie. En fin de dérive, on relève doucement les nymphes (légère animation possible) pour recharger la canne et préparer le lancer suivant.

La prospection

On veillera à prospecter en premier lieu les zones à l’aval du poste car les poissons en fuite risquent d’effrayer ceux situés en amont. On débutera par les veines d’eau les plus proches de la rive où est situé le pêcheur, avant de s’éloigner, dérive après dérive, vers le centre de la rivière, puis la rive opposée. La prospection s’effectue donc en remontant la rivière, veine d’eau par veine d’eau, poste par poste. Au-delà des stratégies visant à cibler des postes précis (trous, contrecourants…), comme évoqués dans l’article “Les meilleurs postes pour la pêche de la truite au toc”, la pêche en nymphe au fil s’attache également à « pêcher l’eau », ou plus précisément les veines d’eau de la rivière. Elle cible notamment les poissons situés en profondeur de la veine principale et ceux situés à la jonction entre les zones de courant et les zones de repos. Côté profondeur, on veillera à adapter la longueur de sa pointe à celle de la profondeur moyenne de la rivière, et à adapter sa profondeur de pêche en relevant plus ou moins sa canne durant la dérive.

Stratégie de prospection en pêche en nymphe

Le lancer

La dynamique du lancer en nymphe au fil avec un montage nylon est un peu différent du lancer mouche traditionnel. Sans être réellement compliqué, il nécessitera un apprentissage pour être capable d’oublier le lancer mouche de maîtriser la gestuelle.

La distance du lancer sera étroitement liée à la morphologie de la rivière et/ou du poste. Sur des rivières avec des courants puissants et des postes profonds, pour espérer voir les nymphes descendre à la bonne profondeur, plusieurs options (compatibles entre elles) s’offrent au pêcheur :

Utiliser des nymphes plus lourdes
Lancer assez loin en amont pour laisser aux nymphes le temps de descendre à la bonne profondeur.
Opérer des lancers directs ou appuyés qui permettent de faire descendre les nymphes plus rapidement
Profiter des zones de contrecourants, plus calmes, avant d’assurer la dérive dans la veine de sortie

Sur les postes plus lents et peu profonds, on utilisera des nymphes légères qui, compte tenu de leur poids minime, seront difficiles à lancer à grande distance en technique à l’espagnole. Pour compenser ce point faible de la nymphe à l’espagnole, on recourt souvent à une pêche à deux nymphes légères, montées en potence. Le poids de l’ensemble favorise le lancer, tandis que la légèreté des nymphes leur assure une meilleure dérive dans les courants faibles.

La prise de contact

Entre le moment où la nymphe se pose sur l’eau et celui où on entame la dérive proprement dite se déroule la phase de « prise de contact ». Durant cette phase, la nymphe va commencer sa descente dans la couche d’eau, tandis que le pêcheur va dans un premier temps l’accompagner pour lui laisser le temps de plonger, avant de relever progressivement sa canne pour la positionner avec un angle de 45° par rapport à l’horizontale. Ces deux mouvements combinés auront pour effet de relever l’indicateur (ou l’extrémité du bas de ligne), qui était jusqu’alors posé sur l’eau, dans l’axe du scion, à 45°. La ligne est désormais tendue entre le scion et la nymphe, sur toute sa longueur.

La prise de contact en nymphe au fil à l'espagnole

La dérive

Une fois le fil tendu, la dérive proprement dite peut commencer. Les nymphes ayant atteint les zones proches du fond de la rivière (ou a minima la profondeur souhaitée), elles vont entamer leur dérive vers l’aval, emportées par le courant. Le courant de fond étant plus lent que celui présent en surface, la vitesse de déplacement des nymphes est légèrement inférieure à celle des bulles présentes en surface. Au fur et à mesure du déplacement, la pointe de la canne se déplace elle aussi vers l’aval, tout en veillant à :

Conserver la nymphe à proximité du fond : si la nymphe « accroche le fond », remonter la canne de quelques centimètres. Relever ou baisser la canne permet de suivre au mieux le relief (estimé) de la rivière (bloc, fosse…)
Conserver le fil tendu, ou a minima avec une tension suffisante pour « porter » la nage de la nymphe tout en la laissant suffisamment lâche pour être portée par le courant.
Garder la nymphe dans la même veine d’eau, au cours de son évolution d’amont en aval. Tout changement de direction « non naturel » risque d’alerter le poisson.
Positionner le scion de manière à ce que l’angle « canne-fil » forme un angle inférieur ou égal à une angle droit. Cette position est idéale, car avec un angle plus important, le tirage fait que la nymphe risque de changer de veine d’eau (point précédent n°3). Et avec un angle inférieur, la position ne sera pas idéale pour ferrer en cas de touche.
Positionner le scion de manière à ce que l’angle « fil – rivière » forme un angle à 80° vers l’aval. En fin de dérive, une fois que la nymphe a dépassé la position du pêcheur, celui-ci devra donc être à même de « rendre du fil » pour conserver à la dérive un maximum de naturel.

Que fait la main libre pendant la dérive ?

Il est tout à fait possible de ne pas utiliser du tout la main libre pendant la dérive. Cela suppose d’avoir des linéaires homogènes en termes de profondeur et de courant, et un réglage de longueur qui évolue peu. Les lancers et les dérives sont ainsi pratiquement identiques d’un coup de ligne à l’autre, et la main libre n’a guère de rôle à jouer, ce qui est, avouons-le, parfois reposant.

En revanche, dès lors que le courant, la nature du fond ou la profondeur varient d’un coup à l’autre, il vous faudra en permanence ajuster la longueur du fil pour atteindre le point de poser souhaité, et l’ajuster à nouveau durant la descente pour atteindre la longueur raccourcie avec laquelle vous réaliserez votre dérive. Cet ajustement s’effectue en venant positionner le fil qui sort du moulinet entre les doigts de la main qui porte la canne, et en avalant, par des tirées douces et régulières, le fil en excès. En règle générale, on garde sortie cette “réserve de fil” pour le lancer suivant, ou pour “donner du fil” en fin de dérive, si nécessaire.

La touche et le ferrage

L’indicateur présent entre le bas de ligne et la pointe va nous renseigner sur d’éventuelles touches. Un arrêt de la ligne, une tirée brusque, un changement soudain de direction… doivent attirer l’attention du pêcheur et provoquer un ferrage systématique, sec mais de faible amplitude. La nymphe est aspirée par le poisson à peu près aussi vite qu’elle est recrachée, dès lors qu’il s’aperçoit de la supercherie. En petite rivière, les touches sont généralement rapides et franches ; le poisson en vient même souvent à se ferrer tout seul. Mais à mesure que la rivière devient plus large et que la taille des poissons augmente, la touche est plus fine, plus discrète, et le ferrage doit être immédiat et systématique en cas de doute. Au pire, en cas de fausse alerte, il suffit de relancer pour reprendre une nouvelle dérive.

Avantages et inconvénient de la nymphe au fil à l’espagnole

La nymphe au fil à l’espagnole, et d’une manière générale la pêche en nymphe avec un moulinet garni de nylon, est probablement la méthode la plus efficace pour laisser dériver une nymphe au gré des courants. En termes de discrétion, de sensibilité, de conduite de dérive, c’est la pêche de celui qui privilégie l’efficacité. On pourra lui reprocher de ne plus être réellement une « pêche à la mouche », mais c’est malgré tout une réponse concrète à une diminution des gobages, qui permet de pêcher dans de très nombreux cours d’eau, là où d’autres pêches (nymphe au fil, pêche en sèche…) nécessitent des rivières ou des conditions plus rares.

Malgré tout, la nymphe au fil à l’espagnole n’est pas sans inconvénient. Elle suppose de faire son deuil du « style » cher à beaucoup de la pêche fouettée en sèche, et, hormis dans quelques cas très spécifiques (pêche en tandem sèche nymphe), elle s’avère pratiquement incapable de propulser une sèche à distance intéressante. Opter pour un moulinet garni intégralement de nylon rend donc impossible la pêche en sèche, sauf à changer de bobine / moulinet. L’option de simplement ajouter une longueur de 10-15 mètres de nylon à l’extrémité de son bas de ligne sèche, lorsqu’on veut pratiquer en nymphe au fil, est une réponse très intéressante à ce problème puisqu’elle permet, en rangeant simplement ce bas de ligne sur un plioir en cours de session, de revenir à une configuration “sèche” classique.

Pêche en nymphe au fil à l'espagnole

En action de pêche, la phase de lancer suppose un apprentissage minimum. Et, si la dérive elle-même est un régal à réaliser, la gestion du surplus de fil à absorber en début de dérive peut s’avérer délicate. Sur les rivières rapides, après un lancer amont, le fil devra en effet être absorbé très rapidement pour assurer une prise de contact optimale. Cette récupération s’effectue généralement en venant glisser le fil entre l’index et le majeur de la main qui porte la canne, avant d’absorber, par des tirées plus ou moins franches, le fil en surplus. Cette opération, assez simple à réaliser avec une soie (et un peu d’entraînement), est nettement plus compliquée avec du nylon. Le ressenti est forcément plus subtil, et le vrillage du nylon complique encore parfois les choses. Un moulinet semi-automatique peut être une bonne solution pour récupérer rapidement la longueur de fil en surplus, mais il demandera un certain doigté, et ne représentera pas à proprement parler une solution miracle. S’il est encore utile de le rappeler, la pêche en nymphe à l’espagnole est avant tout une pêche sous la canne, à courte distance. Pour sortir de ce domaine de prédilection, d’autres techniques seront sans doute plus adaptées.

Dernier point, non négligeable, la sensibilité du nylon aux conditions climatiques. La légèreté de la ligne et la position de dérive « fil tendu » rendent hélas la nymphe à l’espagnole assez sensible au vent. Le vent de face rendra les lancers compliqués, tandis que le vent de dos impactera les dérives, du coup moins tendues. Quand à la pluie, elle compliquera très rapidement les lancers comme les dérives, avec un fil qui va venir coller à la canne (les anneaux mouche étant très proches du blank). Certains pêcheurs réalisent un enroulement de nylon en spirale tout le long du blank pour éviter aux gouttes d’eau de stagner mais le « léger mieux » constaté ne rend pas cette solution miraculeuse non plus.

Incidence négligeable sur la dérive en termes de poids
Le nylon ne crée par de ventre dans les anneaux
Contact direct avec les nymphe et excellente sensibilité
Impossibilité de lancer une sèche sans changer de moulinet
La gestion / récupération du fil main gauche demande une certaine dextérité
Le nylon colle au blank en cas de pluie

L’avis d’Alpes Fishing

La pêche à l’espagnole (tout comme la nymphe au grand fil) est redoutable d’efficacité, et s’impose en petite rivière, lorsque les coups ne dépassent pas quelques mètres. Réaliser des lancers précis demande toutefois un peu d’expérience, surtout avec des nymphes légères. L’impossibilité de lancer une sèche la rend rédhibitoire ? Pas du tout ! Il est très simple d’ajouter un bas de ligne nylon de huit mètres à l’extrémité de son bas de ligne sèche, et ainsi de pratiquer la sèche et la nymphe au fil avec la même canne.

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