La pêche en nymphe au fil à la française
Imposée en compétition, l’utilisation de la soie pour la pêche en nymphe est un choix assumé par de nombreux pêcheurs. L’utilisation d’une soie légère adaptée (#2-3) offre l’avantage de pouvoir propulser plus efficacement des nymphes légères, avec une technique de lancer traditionnelle et une dérive en fil posé. D’autres pêcheurs optent pour les soies ultra-fines, de diamètre 0,55 mm, minimum exigé en compétition, pour retrouver un toucher agréable de la ligne, tout en subissant un impact minimum en termes de dérive.
La nymphe au fil à la française est avant tout une technique au fil posé (plaqué / graissé). Née de la compétition, elle a su s’imposer dans toutes les équipes nationales pour son efficacité et sa polyvalence. Avant de poursuivre la lecture de cet article, veillez à bien avoir assimilé les différences entre les principaux montages et techniques de pêche en nymphe au fil.
Dans quelles conditions pêcher en nymphe au fil avec une soie
La nymphe au fil à la française, avec une soie, donc, est très efficace en moyenne et grande rivière, lorsque l’indicateur est posé à plat sur l’eau. En petite rivière, lorsque les dérives s’effectuent fil tendu, le contrôle de la ligne est plus délicat, et on gagnera à basculer en technique espagnole, 100% nylon, pour une meilleure efficacité.

En petite rivière
En petite rivière, la technique idéale demeure le fil tendu, domaine où la nymphe au fil à la française n’est guère à son aise. Lorsque le courant est rapide, et les nymphes lourdes, on veillera à ne pas laisser dépasser la soie des anneaux, en pêchant avec un bas de ligne le plus linéaire possible pour s’assurer la meilleure conduite de dérive. Le cas échéant, ajouter à l’extrémité de son bas de ligne une longueur de 8 m de nylon 18/100 règle le problème, et revient à pratiquer en nymphe au fil à l’espagnole à fil tendu. En revanche, lorsque les conditions exigent l’emploi de nymphes légères (courant faible et/ou faible profondeur) on gagnera à reprendre la technique au fil posé, avec des nymphes légères que l’on lance loin en amont, pour retrouver tout l’intérêt de la nymphe à la française.

En moyenne rivière
Les conditions sont identiques à celles rencontrées en petite rivière, si ce n’est que la largeur du cours d’eau, en fonction des conditions, rend parfois inaccessibles certains postes. Lorsque le fond est important et le courant élevé, par exemple, il devient impossible de pêcher dans l’eau, et il est donc plus compliqué de pêcher tous les postes de la rive opposée.

En grande rivière
En grande rivière, la nymphe à la française s’exprime encore davantage, car il est désormais possible d’envoyer trois quarts amont, à distance respectable, des nymphes qui auront tout le temps de pénétrer dans la couche d’eau. Ce qui permet de prospecter un large rayon autour du pêcheur. En très grande rivière, ou avec des courants forts qui empêchent de pêcher loin dans l’eau, seule la technique à la Roncari, avec des cannes et des numéros de soie plus importants, permettra de prospecter efficacement à longue distance.

Possibilités d’adaptabilité de la nymphe au fil à la française
Comment s’adapter à la profondeur ?
Le montage pour la nymphe au fil nymphe au fil à la française
La pêche en nymphe au fil à la française avec une canne et une soie légère (#2-3) est la méthode retenue par une majorité de pêcheurs. Historiquement, c’est avec une soie que l’on a pratiqué les premières nymphes au fil, que ce soit dans les pays de l’Est (nymphe tchèque) ou en France-Comté (pêche à la roulette). L’évolution du matériel, avec l’arrivée du carbone, et la demande des pêcheurs de disposer de cannes légères de grande longueur font que les cannes de 10 à 11 pieds, soie #2-3 s’imposent sur la pratique. Voir plus de détail dans notre article consacré au matériel pour la pêche en nymphe au fil.
Le montage de la nymphe au fil à la française

Choisir sa soie pour pêcher en nymphe au fil
Outre le backing, le moulinet est chargé d’une soie DT2 ou WF3, de manière classique. Une WF3 apportera davantage de confort de lancer, notamment pour les pêcheurs souhaitant conserver la polyvalence sèche-nymphe, ce qui est l’un des intérêts principaux de cette technique de nymphe au fil à la française. La DT2 sera davantage le choix des « purs nympheurs » (ou des bons lanceurs…), pour des lancers à distance moyenne avec des nymphes légères.

La nymphe au fil à la française avec une soie WF3
Un profil de soie WF (ou fuseau décalé, voir choisir sa soie et son bas de ligne) facilite le lancer, en surchargeant les premiers mètres de la soie. Mais ce qui est un avantage pour le lancer en sèche l’est beaucoup moins en nymphe au fil car le poids de la soie, et son action sur la dérive, sont l’ennemi du nympheur. Le choix d’une WF3 est malgré tout un choix cohérent en moyenne et grande rivière, lorsqu’on n’envisage pas (ou peu) de pêcher au fil tendu.
La nymphe au fil à la française avec une soie DT2
Un profil DT (double fuseau) est probablement le meilleur choix pour la polyvalence, mais nécessite un peu d’expérience pour réussir des lancers corrects. Son incidence sur la dérive n’est pas nulle, mais légèrement réduite par rapport à une soie WF.
La nymphe au fil à la française avec une soie 0,55 mm
Les soies 0,55 sont des soies L (level line), autrement dit d’un diamètre constant, et étonnamment fin : 0,55 mm. Elles découlent de la compétition qui impose ce diamètre comme le minimum pour la soie (qui est, elle, obligatoire pour les compétition « mouche »). Ce type de soie nécessite une bonne pratique pour le lancer, et réduit la polyvalence sèche-nymphe que conservent encore les soies 2-3. En revanche, elle réduit encore l’impact du poids de la soie sur la conduite de dérive, sans atteindre la perfection du nylon utilisé dans la pêche à l’espagnole. Elle s’adressera donc à des purs nympheurs, plutôt typés “nymphe à la française” (fil posé majoritairement, fil tendu parfois), avec un ressenti nettement plus agréable et précis par rapport au nylon au niveau de la récupération du fil avec la main libre, en rivière rapide.

Choisir son bas de ligne pour pêcher en nymphe au fil à la française ?
Pour conserver la soie dans les anneaux en action de pêche à courte distance, et réaliser des dérives correctes, il convient de prévoir un bas de ligne d’un minimum de 6 mètres pointe comprise, soit entre 4,50 m et 5 m pour le seul bas de ligne. Cette longueur pourra même être plus importante encore sur les grandes rivières et/ou sur les poissons éduqués. Ce bas de ligne sera relié à la soie par un nœud de raccord. D’innombrables formules de bas de ligne sont possibles, du bas de ligne dégressif classique au bas de ligne totalement linéaire de 0,18 mm, impossible à lancer réservé aux meilleurs lanceurs. Pour les débutants en nymphe au fil à la française, il est conseillé d’utiliser (une soie WF3 et) un bas de ligne très conique / dégressif, débutant en diamètre 0,45 mm.
La pointe sera adaptée à la profondeur de la rivière, et précédée d’une prépointe pour assurer la transition entre le bas de ligne (0,18) et la pointe (0,14, 0,12, 0,10…).
Quelques exemples de bas de ligne
Plusieurs formules de bas de ligne parmi les plus populaires pour pratiquer la nymphe au fil à la française ont été regroupées ici. Ces formules sont tirées des sources et ouvrages mentionnés dans la bibliographie.
Bas de ligne expert polyvalent
Source : Julien Daguillanes – Pêche à la nymphe, la révolution française, éditions Gerfaut

Il existe également des queues de rats (bas de ligne sans nœuds), chez les principaux fabricants, tels que Mouches Devaux, JMC, Rio… Pour choisir sa queue de rat pour la nymphe au fil à la française, on se réfèrera à sa longueur et au diamètre de l’extrémité, côté pointe.
Choisir son indicateur pour pêcher en nymphe au fil à la française ?
Pour faciliter la détection des touches et le suivi de sa dérive, on place à l’extrémité de son bas de ligne, un indicateur visuel coloré, relié au bas de ligne par un nœud de chirurgien. En règle générale, on utilise un simple brin de nylon coloré (15 cm rouge + 15 cm jaune, par exemple), d’un diamètre de 18/100. On trouve également (ou on fabrique) des indicateurs tressés (meilleure visibilité). A noter également l’existence des graisses colorées, ou des peintures à bouchon (type Antenne Color), qui peuvent être ajoutées / retirées à la demande, très facilement (sauf sur le waders…). Outre atlantique, les indicateurs en mousse à placer sur son bas de ligne sont populaires, mais on les rencontre rarement au bord de l’eau dans nos contrées. Quelques (vieux) pêcheurs utilisent toujours un brin de laine ou un rigoletto, mais la pratique reste anecdotique.


La technique de pêche en nymphe au fil à la française
La prospection
La stratégie de prospection en nymphe au fil à la française demeure identique à celle de la pêche en nymphe à l’espagnole, à savoir une prospection de l’aval vers l’amont, démarrant de la rive proche vers la rive opposée, exploitant à la fois les postes fixes (blocs, fosses…) et les veines de courants. En petite rivière et sur des postes précis, on privilégiera les dérives fil tendu, alors que la technique du fil posé conviendra davantage aux plus grandes rivières et aux lisses.

Le lancer
La dynamique du lancer en nymphe au fil à la française est assez proche du lancer mouche traditionnel dès lors qu’on sort un peu de soie. Si on ne pêche qu’avec le bas de ligne, on retrouve les spécificités de la nymphe à l’espagnole.
La prise de contact
En petite rivière, à fil tendu, une fois la nymphe posée, à mesure qu’elle s’enfonce dans l’eau pour rejoindre sa profondeur de pêche, on va progressivement relever la canne pour assurer la prise de contact avec la nymphe. Cette opération est délicate dès lors qu’un peu de soie dépasse des anneaux, car le risque est de créer un ventre entre le moulinet et le premier anneau, qui viendrait influer sur la dérive. Un long bas de ligne est donc conseillé pour éviter, autant que faire se peut, de laisser dépasser la soie des anneaux (voire du moulinet).
En moyenne et grande rivière, si l’on adopte la technique de la nymphe au fil à la française au fil posé, ce problème ne se pose plus car on pêchera davantage canne basse. La prise de contact consistera à donner à sa ligne une tension suffisante pour demeurer réactif en cas de touche visualisée sur l’indicateur.
La dérive
La dérive à fil tendu est identique à la technique espagnole, à ceci près qu’il faut gérer le ventre formé par la soie ou le bas de ligne sur la canne pour éviter d’influer sur la dérive. Au fil posé, on surveillera le dragage de la ligne tout en s’assurant que sa soie demeure tendue en permanence, en ajustant sa longueur avec la main gauche (pour les droitiers). Le cas échéant, on peut replacer sa soie vers l’amont en réalisant un mending.
La touche et le ferrage
La touche est souvent subtile en nymphe au fil, et il convient d’être très attentif à l’évolution de son indicateur, que ce soit à fil tendu comme au fil posé. Un ferrage, même léger, s’impose dès lors qu’un comportement anormal de l’indicateur est perçu : déplacement, changement de direction, coulée…
Comment s’adapter à l’effet « ventre » de la soie
En nymphe au fil à la française, le poids de votre soie, même sur les diamètres légers du type #2-3, va provoquer un effet de glisse de cette dernière dans les anneaux, en direction de votre moulinet. En conséquence, à l’autre extrémité de la ligne, côté nymphe, la tension va progressivement s’accroître, jusqu’à influer sur la dérive. La nymphe, va alors progressivement remonter dans la couche d’eau et la tension de la ligne lui imposer de quitter sa veine d’eau pour se rapprocher progressivement de la pointe de la canne. Du point de vue efficacité de pêche, cet effet est très dommageable, voire catastrophique, car la dérive de votre nymphe n’étant plus du tout naturelle, il y a fort peu de chance qu’elle soit en mesure de leurrer le poisson.
Ce « ventre » formé par la soie est la raison pour laquelle la pêche en nymphe au fil avec une soie n’est pas la meilleure technique pour pêcher à fil tendu. En revanche, elle demeure tout à fait pertinente pour pêcher en rivière très rapide, avec un ventre qui n’a pas le temps de se former réellement durant la dérive. Mais aussi, et surtout, pour la technique du fil posé, avec l’indicateur à plat, sur les rivières larges. La soie donne en effet au pêcheur davantage de possibilités pour lancer à grande / moyenne distance, des nymphes d’autant plus légères que ce n’est plus leur poids qui permet le lancer, mais celui de la soie, comme dans le lancer traditionnel de la pêche en sèche. En nymphe au fil à la française au fil posé, l’impact du ventre, canne à l’horizontale, est négligeable, et cette méthode fil tendu + mending, est même recommandée en grande rivière, par rapport à toute autre technique.
L’avis d’Alpes Fishing
La nymphe au fil à la française demeure la technique reine de la pêche en nymphe, pour plusieurs raisons. Elle est polyvalente, autrement dit, elle permet, avec le même matériel (et une soie #2-3), de pratiquer en sèche, en nymphe à vue ou en nymphe au fil. Seule la longueur du bas de ligne sera à adapter pour cette dernière. La pratique avec une soie 0.55 est plus exclusive et technique, en termes de lancer, mais apporte de meilleures conduites de dérives, pour les excellents pêcheurs. S’il demeure assez rapide de maîtriser la technique à l’espagnole, et de prendre régulièrement du poisson, la nymphe au fil à la française exige un apprentissage plus conséquent pour être maîtrisée à la perfection. De fait, sa pratique n’est pas exclusive à la nymphe au fil ; on pratique la nymphe au fil à la française en premier lieu, et selon les postes et les rivières, on opérera avec une technique à vue, à fil tendu ou au fil posé, en adaptant son bas de ligne au besoin.




